« Les bourgeois socialistes voudraient conserver les conditions d'existence de la société moderne, mais sans les luttes et les dangers qui en découlent nécessairement. Ils veulent garder la société existante, mais sans les éléments qui la bouleversent et la dissolvent. Ils veulent la bourgeoisie sans le prolétariat. Comme de juste, la bourgeoisie se représente le monde où elle règne comme le meilleur des mondes. Cette vision consolatrice, le socialisme bourgeois la transforme en système total ou en demi-système, suivant le cas. Lorsqu'il exhorte le prolétariat à réaliser ses systèmes et à faire son entrée dans la nouvelle Jérusalem, il ne lui demande, au fond, qu'une chose : se contenter de la société actuelle, tout en renonçant à ses haines envers cette société.

Moins systématique, et plus pratique que le premier, un second courant de ce socialisme cherche à dégoûter les travailleurs de tout mouvement révolutionnaire, en leur démontrant qu'ils ne pourraient tirer avantage que d'une transformation des conditions de vie matérielle, des rapports économiques […]. Toutefois, par transformation des conditions de vie matérielles, ce socialisme n'entend nullement l'abolition des rapports de production bourgeois, qui ne peut être atteinte que par des moyens révolutionnaires ; il entend par là uniquement des réformes administratives, qui s'accomplissent sur la base même de ces rapports de production sans affecter, par conséquent, les rapports du capital et du travail salarié, et qui, dans le meilleur cas, permettent à la bourgeoisie de diminuer les frais de sa domination et d'alléger le budget de son État. »

Marx / Engels (1848)

« Le Manifeste Communiste »